Circulaire du 12 juin 1911 relative à l'organisation des écoles primaires pour l'année scolaire 1911-1912.

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Circulaire du 12 juin 1911, relative à l'organisation des écoles primaires pour l'année scolaire 1911-1912.

Les administrations communales auront à procéder sous peu à l'organisation de leurs écoles pour l'année scolaire 1911-1912. Dans ce travail, digne de toute leur sollicitude, elles veilleront particulièrement à l'observation et à l'exécution des prescriptions suivantes que j'ai l'honneur de recommander spécialement à leur attention.

La question des congés et du remplacement du personnel enseignant continue à donner lieu à des difficultés. Pour y mettre de l'ordre, il convient d'établir des règles fixes, auxquelles il ne doit pas être dérogé. D'abord, des congés ne seront accordés qu'en cas de nécessité absolue et non pour des motifs futiles. Les instituteurs qui seront dans le cas de devoir faire une absence d'un ou de plusieurs jours, en feront à temps la demande au bourgmestre de la commune, et ne pourront quitter leur poste qu'après avoir obtenu l'autorisation écrite. Ils en informeront immédiatement l'inspecteur d'arrondissement. Quant aux congés de plus longue durée, pour cause de maladie, p. ex., les administrations sont invitées à se tenir strictement aux instructions de la circulaire du 8 juin 1903 (Mémorial p. 617), et à soumettre leur décision à l'approbation du Gouvernement. Il est de principe que l'école ne doit pas chômer par suite du congé accordé au titulaire; en cas d'urgence, le collège échevinal, et dans tous les autres cas, le conseil communal auront à prendre les mesures nécessaires pour éviter toute interruption de service.

Dans différentes circulaires antérieures, le Gouvernement a cru devoir recommander aux administrations communales de réduire dans la mesure du possible les dispenses de fréquentation prévues à l'art. 11 de la loi organique. Sous ce rapport les abus n'ont pas cessé. Certaines administrations communales accordent des dispenses par habitude en quelque sorte, plutôt que par nécessité. Il y a des enfants qui profitent des dispenses qui leur sont accordées pour entrer en condition chez des particuliers. Il arrive aussi que des enfants de l'âge scolaire sont engagés pour la garde du bétail dans une commune autre que celle du domicile de leurs parents. Le cas se présente même que les demandes de dispense sont adressées collectivement à l'administration communale par un grand nombre d'habitants Cela est contraire à l'esprit et au texte de la loi. Les demandes doivent être présentées individuellement et chaque impétrant est tenu d'exposer brièvement les motifs qui l'obligent à utiliser les services de son enfant.

J'ai lieu de croire que les administrations communales, soucieuses de sauvegarder les intérêts de l'école, s'efforceront à faire disparaître les abus signalés, et n'accorderont des dispenses qu'en cas de besoins réels et dans les limites des prescriptions légales.

Le rapport général sur la situation de l'enseignement primaire pour l'année scolaire 1909-1910 relève le fait que bon nombre de locaux scolaires et de logements d'instituteurs ne répondent pas aux prescriptions de l'hygiène. Je crois devoir en prendre texte pour recommander aux administrations communales une sollicitude particulière à cet égard, et pour les engager à ne pas reculer devant les sacrifices nécessaires. MM. les inspecteurs d'écoles, dans leurs tournées d'inspection, visiteront tous les locaux; ils me signaleront toutes les défectuosités qu'ils auront constatées à cette occasion, et mettront ainsi l'autorité supérieure en mesure de faire cesser, grâce à son intervention auprès des administrations communales, une situation préjudiciable à la santé des maîtres et des élèves.

J'ai pu constater que les administrations communales et les hommes de l'art ne se conforment guère à l'instruction ministérielle du 2 avril 1901, lorsqu'il s'agit de constructions nouvelles. Pour éviter des dépenses inutiles ainsi que des retards regrettables dans l'exécution de ces travaux, j'engage les facteurs intéressés à se conformer strictement à l'observation des prescriptions de cette instruction. MM. les commissaires de district retourneront aux communes tout projet de construction d'un bâtiment scolaire, pour lequel il n'en aura pas été tenu compte.

Dans nombre de communes l'entretien de la propreté des salles de classe et des dépendances de l'école laisse encore beaucoup à désirer. C'est un fait regrettable. L'ordre et la propreté se recommandent non seulement au point de vue de l'hygiène: ils constituent également un élément éducatif de la plus haute importance.

Parfois, le maintien de la propreté est imposé aux enfants. Cette manière d'agir est contraire à la loi du 20 avril 1881 qui met formellement à charge de la caisse communale les frais résultant de ce chef. Les communes alloueront des crédits suffisants pour rémunérer convenablement les personnes chargées de ce soin. On ne pourra en aucun cas abandonner cette charge à des enfants.

Afin de faire disparaître les défectuosités qui auront été constatées, MM. les inspecteurs, dans leur avis préalable sur l'organisation des écoles, soumettront aux administrations communales des propositions précises pour chaque bâtiment scolaire en particulier.

Les cours d'adultes forment le complément indispensable des écoles primaires. Leur but est de permettre à la jeunesse adolescente d'étendre et d'approfondir les connaissances acquises à l'école. Il échet de les organiser de façon à ce que les élèves puissent tirer de cet enseignement le plus de profit possible. Un premier inconvénient que je crois devoir signaler dans l'organisation actuelle, réside dans le fait que ces cours, qui pour la plupart fonctionnent en hiver, ont lieu à une heure beaucoup trop tardive de la soirée. L'inconvénient de ce système est tellement grave, - je n'ai pas besoin d'insister sur ce point, - qu'il faut chercher dans la mesure du possible à y remédier. A cet effet, je recommande aux administrations communales de fixer ces cours dans l'après-midi et de modifier en conséquence l'horaire de l'école primaire. L'année dernière, une commune a mis ce système à l'essai, non sans succès. Il conviendrait donc de le généraliser. Les adultes de la campagne pourraient fréquenter ces cours pendant deux après midi de la semaine, sans que les parents dussent renoncer pour cela à la collaboration de leurs enfants aux travaux agricoles qui chôment précisément pendant cette période de l'année.

Le nombre d'heures à consacrer à ces cours pourra s'élever à six par semaine. Pour les cours à culture générale, le programme comprendra l'allemand, combiné avec l'enseignement des éléments des sciences naturelles, le français et le calcul. L'enseignement devra suivre des tendances pratiques, en s'adaptant plus ou moins aux besoins régionaux. Les écoles d'adultes pourraient comprendre deux hivers consécutifs. Le programme sera arrêté provisoirement par les autorités scolaires avant le mois de novembre prochain. L'organisation de cours du jour présenterait cet avantage que plusieurs localités avoisinantes pourraient réunir leurs adultes en un seul cours postscolaire à deux années d'études, et y introduire le système des spécialistes (Fachunterricht), en chargeant p. ex. un seul et même instituteur de l'enseignement de la langue allemande, un autre de celui de la langue française, du calcul, des sciences naturelles, etc.; ce système permettrait de décharger l'instituteur de plusieurs heures de classe d'adultes. MM. les inspecteurs d'écoles aideront de leurs conseils les administrations communales qui voudraient tenter un essai sur ce terrain. Ils me feront parvenir à la fin de l'année scolaire un rapport sur les résultats que ces différentes réformes auront produits.

Afin d'assurer à l'école son plein succès, il faut que la fréquentation scolaire soit aussi régulière que possible. L'exécution de la loi sur l'enseignement obligatoire incombe en premier lieu aux commissions locales, et comme le mandat triennal de ces commissions expire à la fin de l'année scolaire en cours, j'engage les communes à ne confier ce poste qu'à des personnes offrant des garanties suffisantes à cet égard et disposées à remplir leur mandat consciencieusement et avec tout le dévouement que comporte l'importante mission qui leur est dévolue.

Luxembourg, le 12 juin 1911.

Le Directeur général de l'intérieur,

BRAUN.


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