Circulaire du 26 juin 1911 concernant les envois destinés au laboratoire pratique de bactériologie.

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Circulaire concernant les envois destinés au laboratoire pratique de bactériologie.

Nombre d'envois adressés au laboratoire y arrivent dans un état tel qu'un examen et un diagnostic exacts deviennent fort difficiles et parfois impossibles.

Souvent des échantillons, par suite d'emballage imparfait, sont perdus ou détruits pendant le transport; ou bien le prélèvement et le traitement défectueux des produits à examiner les ont rendus impropres à tout examen, ou encore les envois ne sont accompagnés d'aucune indication utile, parfois même l'adresse de l'expéditeur fait défaut.

Pourtant l'envoyeur attend une réponse aussi explicite et aussi exacte que possible et s'étonne de ne pas déjà la recevoir le lendemain. Cet état de choses cause à la longue de graves irrégularités qui indisposent les expéditeurs, tout en rendant plus difficile la tâche déjà ardue du laboratoire. Il est donc nécessaire de tracer les règles à suivre pour les envois destinés au laboratoire.

Avant tout il faut avoir présent à l'esprit que le transport de matériel infectieux mal emballé peut contaminer des envois postaux entiers. Aux termes de l'art. 72 du règlement du 21 août 1907 sont exclus du transport par la poste tous les objets qui peuvent présenter du danger pour les employés, salir ou détériorer la correspondance. L'art. 147 du même règlement prévoit une amende de 20 à 200 francs pour ceux qui confient de pareils envois à la poste.

Pour l'envoi de produits liquides destinés au laboratoire, on se servira de flacons en verre épais, permettant une fermeture hermétique à l'aide de bouchons appropriés. Le récipient, entouré de papier ou de coton, sera enfermé dans un tube métallique muni d'un couvercle à emboîtement et qui sera fixé sur le tube à l'aide d'une bande d'emplâtre adhésif. Le tube ainsi conditionné sera placé dans un bloc creux de bois ou fourré dans une boîte garnie de copeaux de bois, de foin, de paille ou de coton.

On recommande surtout:

a) de ne pas employer, comme récipients, des pots à cérat, à conserves, à moutarde, à extrait de viande, etc., des verres, des tasses, etc.;
b) de ne pas faire usage, comme fermeture, de bouchons de liège plats, de bouchons de qualité inférieure, vieux ou durs, de couvercles en celluloïd, de fermetures métalliques, mécaniques, etc.;
c) de ne pas couper les bouchons au ras du goulot, de façon à ce qu'ils puissent être enlevés sans tire-bouchons;
d) de ne pas entourer les bouchons de cire à cacheter: celle-ci n'apporte rien à la solidité, et comme elle s'effrite facilement au cours de l'expédition et à coup sûr lors du débouchage, elle répand le danger de contagion;
e) de ne pas employer, comme emballage intérieur ou comme rembourrage, des matières pulvérulentes pouvant lors du déballage semer la contagion, tels le sable, le son, la terre en poudre, la sciure de bois, etc.;
f) de ne pas faire usage, comme emballage extérieur, de caisses à cigares, de boîtes en fer-blanc, en carton ou en d'autres matières fragiles ou incapables de supporter les manipulations postales.

Pour faciliter le prélèvement et l'envoi des matières, le laboratoire met, sur demande, à la disposition des intéressés, des récipients appropriés.

Des envois suspects de choléra, de peste ou de morve sont exclus absolument du transport postal et devront parvenir au laboratoire par messager spécial.

Tant pour l'enlèvement que pour l'emballage et l'envoi des matériaux il y a lieu d'éviter tout retard compromettant le résultat de l'examen.

Diphtérie. - Les bacilles diphtériques se trouvent surtout dans les fausses membranes des amygdales ou du pharynx, parfois dans les sécrétions nasales (surtout des nouveaux-nés) et dans les mucosités laryngiennes. Il faut donc recueillir et envoyer au laboratoire les sécrétions de l'arrière-bouche et, le cas échéant, du nez.

Pour recueillir les sécrétions pharyngiennes on fait gargariser le malade avec de l'eau tiède, sans désinfectant, et on enlève un peu de mucosité en frottant modérément la muqueuse des amygdales et leur voisinage au moyen d'un tampon de coton fixé sur une hampe en fil métallique. – Il est essentiel que ces manipulations soient exécutées avant ou longtemps après toute médication antiseptique. Faute de prendre cette précaution, il arrive très souvent que des produits réellement diphtériques ne fournissent à la culture aucune colonie de bacilles de Loeffler ou n'en donnent que très tardivement (après 36 à 48 heures) - C'est pourquoi les résultats d'analyse négatifs ne sont communiqués que 48 heures après le retour des tampons utilisés

Fièvre typhoïde. - Les bacilles typhiques se trouvent surtout dans les déjections, dans l'urine, dans le sang, et parfois aussi dans les expectorations des malades. Le sérum sanguin des typhiques agglutine les cultures du bacille d' Eberth il y a donc, lieu de faire dans chaque cas des prélèvements de sang, de selles, d'urine et, le cas échéant, des expectorations. L'urine fraîche et les déjections seront envoyées séparément par quantité de 20 cmc., sans addition d'aucune substance conservatrice.

Le prélèvement du sang s'opère facilement par la piqûre d'un lobe d'oreille qu'on aura préalablement nettoyé et lavé à l'aide d'alcool; la lancette sera désinfectée avant l'opération.

Le sang sourdant par gouttelettes est reçu dans des éprouvettes étroites ou des capillaires ayant 6 à 8 cm. de longueur et environ 2mm de diamètre intérieur, dont on aura préalablement brisé les pointes.

Le sang doit entrer rapidement dans le tube incliné vers le bas, autrement il y a eu coagulation et il faut remplacer le tube. Il doit être rempli à moitié au moins.

Les bouts des tubes seront fermés à la cire; on ne devra pas les sceller à la lampe.

Les expectorations fraîches seront envoyées, sans addition d'aucun antiseptique, par quantité de 10 à 20cmc dans des éprouvettes épaisses.

Dysenterie. - Les bacilles de la dysenterie se trouvent dans les déjections; le serum sanguin des malades agglutine les cultures de bacilles dysentériques. Il y a donc lieu de prélever pour l'examen des matières fécales et du sang.

Le prélèvement se fait comme pour la fièvre typhoïde.

Méningite cérébrospinale - Les méningocoques se trouvent dans les sécrétions pharyngiennes et nasales, dans le pus des méninges, et dans le liquide céphalo-rachidien. Le sérum des malades affectés de méningite cérébrospinale agglutine les cultures des méningocoques. Il faut donc recueillir des sécrétions du rhinopharynx, du liquide céphalorachidien, et du sang.

1) On recueille les sécrétions du rhinopharynx en frottant modérément, an moyen d'un tampon de coton fixé sur une hampe en fil de cuivre, la paroi supérieure et postérieure de muqueuses du rhinopharynx au-dessus de l'amygdale pharyngienne. Chez les adultes on y arrive généralement par la bouche; chez les enfants l'introduction du tampon réussit souvent mieux par la voie nasale.
2) Liquide céphalo-rachidien. Le malade est couché horizontalement sur le côté gauche dans la position du chien de fusil: les cuisses rapprochées du ventre, la tête penchée vers la noitrine. Les enfants seront solidement maintenus dans cette position. Après avoir obtenu l'asepsie de la peau au moyen d'eau chaude, de savon, d'alcool et de sublimé, celle du trocart ou de la seringue par l'ébullition dans une solution de carbonate de soude, on enfonce la canule au lieu d'élection: entre la 3me et la 4me vertèbre lombaire, à quelques millimètres à gauche de la ligne médiane chez les adultes, et dans la ligne médiane chez les enfants. Après un trajet de la canule de 4 cm. chez les adultes, de 2 cm, chez les enfants, on aura à vaincre une légère résistance. Il faut retirer 5 à 10 cmc. de liquide céphalo-rachidien qui ne devra s'écouler que lentement.
3) Sang. La récolte du sang se fait comme pour la fièvre typhoïde.

Blenorrhagie. - Sur une lame de verre (porte-objet de microscope) soigneusement essuyée, on dépose une gouttelette de pus; avec une aiguille flambée on l'étale en couche très mince et on laisse sécher à l'air. On fera au moins deux de ces préparations.

Choléra. - Environ 50 cmc, des déjections suspectes sont recueillies, sans addition quelconque de désinfectants ou même d'eau, et emballées suivant les prescriptions générales ci-dessus. Au besoin on pourra envoyer des parties de linge souillées par des excréments récents.

Quand il s'agit de reconnaître ultérieurement si un cas de maladie a été le choléra, il y a lieu d'envoyer 5 cmc. de sang pour faire l'examen par l'agglutination et la réaction de Pfeiffer - Le sang sera prélevé aseptiquement par ponction veineuse ou par ventouse et envoyé dans une éprouvette stérile.

Les pièces pathologiques devront être transmises à l'état frais et aussi vite que possible au Laboratoire, surtout s'il s'agit d'y rechercher la présence de microorganismes. Il s'agit de choisir pour l'examen les pièces montrant le passage des parties malades dans le tissu sain. Toutes les pièces devront être enveloppées dans de la gaze hydrophile non imprégnée d'antiseptiques.

Quant aux urines à analyser, il suffira de les envoyer dans un flacon soigneusement rincé, d'une contenance d'au moins 150 cmc. A défaut d'autres indications, le laboratoire se bornera à rechercher dans les urines qui lui arriveront, l'albumine et le sucre et à faire l'examen microscopique du sédiment.

Maladies du sang. - La présence du malade même au laboratoire est exigée pour la numération des éléments sanguins. Dans tous les autres cas il suffit de faire des étalements sur lamelle. On applique légèrement une lamelle sur une gouttelette de sang sourdant d'une piqûre faite dans la pulpe d'un doigt, et rapidement d'un seul coup on étale cette goûte avec le bord d'une seconde lamelle en couche très mince. On fera quatre préparations qu'on laissera sécher à l'air et qu'on emballera de façon à éviter toute casse durant le transport.

Pour la réaction de Wassermann il est recommandable d'envoyer 10 cmc. de sang ou de liquide céphalo-rachidien. Le sang est obtenu par ponction veineuse ou, au besoin, par ventouse scarifiée, ou par ponction à l'aide de la lancette à curseur. Le sang sera recueilli aseptiquement dans une éprouvette stérile.

L'épreuve de Wassermann n'ayant lieu qu'à des jours fixes, on est prié de se renseigner préalablement au laboratoire.

Chaque envoi de matériel infectieux sera accompagné d'une feuille indiquant:

le nom du malade;
le sexe;
l'âge;
la demeure;
la maladie probable;
le commencement de la maladie;
la date du décès;
le jour et l'heure auxquels le prélèvement a eu lieu;
le nom et la demeure du médecin qui a opéré le prélèvement.

Pour les pièces pathologiques on devra indiquer encore l'origine, le siège, le diagnostic clinique, l'état des tissus environnants (tuméfaction de glandes etc.), d'autres symptômes (lésions fonctionnelles, douleurs, etc ).

Envois de police vétérinaire: Il y a lieu d'envoyer en cas de

Rouget du porc: des fragments du rein et de la rate, ainsi que du sang.

Pneumonie contagieuse: des fragments de poumon hépatisé et du sang.

Peste du porc: des fragments d'intestin malade, du sang et des ganglions.

Charbon bactéridien: des fragments de rein, de rate et de sang.

Rage: la tête de l'animal. La décapitation du cadavre doit être faite de telle sorte qu'une partie du cou reste attachée à la tête. Elle sera exécutée avec les précautions requises par le médecin vétérinaire ou sous sa surveillance. Il est recommandable, en dehors des cas où la capture et la séquestration ne présentent de réels dangers, de ne pas abattre immédiatement un animal suspect de rage. L'autopsie, alors surtout qu'il s'agit d'animaux prématurément sacrifiés, donne des indications souvent insuffisantes, tandis qu'une surveillance de l'animal malade évite une fâcheuse incertitude.

Une lettre du vétérinaire contenant les renseignements nécessaires doit accompagner tout envoi au laboratoire.

Les envois se feront sous pli fermé portant outre l'adresse la mention «Attention».

Pour les analyses d'eau, il est presque toujours nécessaire que le prélèvement des échantillons soit effectué par le personnel du Laboratoire sur les lieux mêmes. Exceptionnellement le laboratoire remettra aux intéressés des tubes et flacons stérilisés, accompagnés d'une instruction spéciale; mais, dans ce cas, il ne pourra assumer aucune responsabilité du résultat de l'analyse.

Les médecins demandant dispense de la taxe pour une recherche scientifique ou pour une analyse d'indigent devront faire la déclaration au moment même du dépôt des matières à examiner. Faute de satisfaire à cette condition, les analyses seront soumises à la taxe.

En dernier lieu, il est encore rendu attentif à la franchise de port pour les envois destinés au laboratoire bactériologique.

Luxembourg, le 26 juin 1911.

Le Directeur général des travaux publics,

CH. DE WAHA.


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