Circulaire du 7 novembre 1944 aux administrations communales et aux membres du personnel enseignant sur l'organisation de l'enseignement primaire en 1944-45.

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Circulaire du 7 novembre 1944 aux administrations communales et aux membres du personnel enseignant sur l'organisation de l'enseignement primaire en 1944-45.

Le désordre dans lequel les années d'occupation ont jeté notre enseignement primaire, s'est accru des difficultés nouvelles que suscitent l'évacuation des régions de notre frontière est, la nécessité de pourvoir au logement des troupes alliées, la pénurie des moyens de communication et le manque de combustibles. Malgré ces difficultés, les administrations communales voudront s'attacher, avec le concours de tous les facteurs intéressés, à rétablir un enseignement satisfaisant pour tous les enfants du pays.

Les enfants évacués sont à admettre sans autre formalité dans les écoles de leur domicile actuel.

Lorsqu'ils sont suffisamment nombreux ils pourront être réunis dans des classes à part et placés pour autant que possible, sous la direction de leurs propres maîtres et maîtresses. Les instituteurs et les institutrices évacués se mettront volontiers à la disposition des autorités locales pour les besoins du service.

Il importe que les écoles reprennent partout sans retard. L'instruction et l'éducation de nos enfants ont été trop longtemps en souffrance pour que cette tâche puisse encore être différée. Le fonctionnement des écoles est à assurer d'après les moyens disponibles sur place. Dans les circonstances actuelles les administrations communales ne voudront pas perdre de vue qu'il s'agira parfois moins de respecter les formes traditionnelles et réglementaires que d'arriver à donner aux enfants la formation à laquelle ils ont droit. Lorsqu'une scolarité régulière et complète ne peut pas être organisée, tous les efforts devront être faits pour y suppléer dans la mesure du possible. A titre d'indication, je rappelle que l'enseignement pourra être donné alternativement, par demi-journées ou même par système de leçons, aux enfants de deux ou même de plusieurs écoles ou classes différentes. Si les locaux scolaires ne sont pas libres, on pourra réunir les enfants dans tout autre local. Les administrations communales ne voudront pas négliger, dans ces cas, de pourvoir aux installations d'hygiène et de propreté nécessaires.

Si l'enseignement ne peut pas être étendu à tous les enfants de l'âge obligatoire, la préférence devra être donnée aux élèves des classes supérieures.

L'inspecteur d'arrondissement devra être consulté toutes les fois que les moyens de communication le permettront. Partout où les écoles fonctionnent normalement, l'enseignement postscolaire ne devra pas tarder à reprendre à son tour.

Des stocks importants de nos manuels destinés à l'enseignement primaire ont pu être sauvés de la destruction. Ils ont déjà commencé à être mis en vente. Au cas où il n'y en aurait pas assez pour contenter tous les besoins, on devra essayer d'en réunir un nombre suffisant en organisant des quêtes dans les familles des enfants qui ont fréquenté l'école avant la guerre.

Les bâtiments scolaires devront être nettoyés à fond avant qu'ils soient rendus à leur destination.

Au besoin, ils devront être désinfectés.

Les administrations communales auront à me présenter, avant le 28 novembre prochain et en triple expédition, la délibération des conseils communaux sur l'organisation des écoles de leur ressort.

Les délibérations organiques doivent être accompagnées des pièces suivantes:

1) un tableau renseignant le nombre des élèves de chaque ressort scolaire;
2) le rôle nominatif des enfants aveugles, des sourds-muets et des enfants arriérés ainsi que de ceux qui, en exécution de l'art. 2 de la loi scolaire, ne sont pas admissibles à l'école;
3) le relevé des enfants de nationalité étrangère.

En égard aux circonstances, toute nomination dans l'enseignement primaire devra être différée jusqu'à la fin de l'année scolaire. Pendant l'exercice 1944-45, la direction des écoles vacantes sera confiée à des instituteurs et à des institutrices intérimaires.

Dans la désignation de ce personnel temporaire, il conviendra de donner la priorité aux candidats brevetés les plus anciens en rang et surtout à ceux qui ont des charges de famille.

La mise à la retraite des membres du personnel enseignant est prononcée par le conseil communal dans une délibération spéciale. Les demandes tendant à obtenir une pension de retraite sont à transmettre à l'Autorité supérieure par l'intermédiaire de MM. les inspecteurs. Elles doivent être accompagnées du titre de la démission conférée préalablement par les administrations communales ainsi que des pièces justificatives de services provisoires éventuels. Si un membre du personnel enseignant désire prendre sa retraite pour raisons de santé, avant de remplir les conditions d'âge requises, il devra en adresser la demande au Gouvernement par la voie hiérarchique en joignant un certificat médical circonstancié.

Un certain nombre d'administrations communales ont négligé jusqu'ici de saisir le Gouvernement des accusations politiques portées contre l'un ou l'autre des membres de leur personnel enseignant.

Ils devront le faire sans autre retard. Le Gouvernement ordonnera, dans chaque cas, une enquête qui mettra fin à des situations équivoques et contribuera à apaiser les esprits.

Les instituteurs et les institutrices de toutes les localités du pays sont tenus d'adresser au Département de l'instruction publique ayant le 20 novembre prochain, un rapport dans lequel ils indiqueront la date de la rentrée des classes, les motifs pour lesquels celle-ci n'a pas été effectuée jusqu'ici, la date probable à laquelle elle aura Heu, le relevé des effectifs de chaque école ainsi que le relevé des enfants évacués admis dans ces écoles (nom, prénoms, années d'études, ancien domicile). Les instituteurs et les institutrices évacués auront à indiquer, en outre, leur localité d'attache, leur domicile actuel, les services qu'ils rendent dans la localité d'accueil et, le cas échéant, les propositions qu'ils ont à faire en vue d'une organisation plus régulière des classes.

Je fais un pressant appel au patriotisme des membres du personnel enseignant aussi bien que des Autorités locales pour qu'ils prennent tous leur part dans l'effort commun que nous aurons à faire pour sortir des difficultés actuelles.

Luxembourg, le 7 novembre 1944.

Le Ministre de l'Instruction Publique a.i.,

Jos. Bech.


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