Circulaire ministérielle du 2 février 1949 sur la préorientation professionnelle dans nos écoles primaires.

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Circulaire ministérielle du 2 février 1949 sur la préorientation professionnelle dans nos écoles primaires.

Le problème le plus important qui se pose pour nos enfants au sortir de l´école primaire est sans doute le choix d´une profession. Choix lourd de conséquences puisque c´est de cette décision là que dépend en grande partie la réussite d´une vie.

Or parents et enfants ignorent souvent les éléments nécessaires à une décision raisonnée et contrôlée. Il faut qu´ils soient aidés.

A qui devront-ils s´adresser en premier lieu, sinon à l´instituteur qui, en règle générale a double qualité pour remplir le rôle de conseiller: une expérience générale plus ou moins longue de générations d´élèves et une observation systématique de chaque enfant à l´école lui font souvent mieux discerner que ne pour ront le faire les parents les aptitudes et les ressources des enfants.

Cette connaissance de l´enfant doit se doubler chez le maître d´une connaissance systématique du milieu économique et donc aussi des perspectives que la vie offre ou refuse à l´enfant au sortir de l´école.

De tout temps la personnalité de l´éducateur a pesé diversement et inégalement sur le choix des carrières de ses élèves. Dorénavant cette influence devra se fonder sur les moyens que met à notre disposition la technique et la science de l´orientation professionnelle, elle sera une espèce de préorientation.

Ecartons aussitôt un malentendu probable: le rôle du maître n´est pas d´imposer une décision. La décision de la carrière se fait après l´école par les enfants et les parents. Précisons donc le rôle de l´école et du maître dans la préorientation professionnelle.

Il y a deux périodes dans la vie scolaire qui posent devant l´enfant le problème de la carrière.

D´abord vers la fin de la 6e année d´études, l´écolier aura à se décider s´il passera dans l´enseignement secondaire ou non. Quel sera le rôle de la préorientation dans ce choix ? Si l´instituteur est sollicité de donner un conseil qui dépasse les indications du bulletin d´études habituel, il devra se dire que l´entrée aux études secondaires doit être une question d´aptitudes plutôt que de condition sociale, de qualités intellectuelles et morales à la fois; d´intelligence et de persévérance, de dons natifs et d´efforts conscients.

Mais le véritable problème de la préorientation professionnelle se pose pour l´école vers la fin de la scolarité, où les élèves auront à se décider entre les différentes professions dites productives. Comment se fera cette préorientation ? Elle présentera a) un aspect moral et b) un aspect technique:

a) L´instituteur, plus que par le passé, s´efforcera de créer une atmosphère de sympathie compréhensive, d´amour et de respect autour des métiers auxquels peuvent se destiner ses élèves.
b) L´instituteur cherchera à donner à ses élèves, par les moyens de la pédagogie active et en utilisant notamment le film scolaire, les publications sur l´orientation professionnelle et les ressources de notre vie économique (visites d´atelier, etc.;) une initiation et une documentation concernant les conditions économiques et sociales des professions diverses.

Voilà pour son rôle d´initiateur; Où commence son rôle d´orienteur ?

Pour les écoliers qui se destinent à l´apprentissage, l´orientation professionnelle rendue obligatoire par l´arrêté du 30 juin 1945 se fait après la sortie de l´école, au moment oû le jeune homme signe son contrat d´apprentissage. L´école n´intervient donc pas directement dans l´orientation définitive. Toutefois, ce serait se priver d´une aide précieuse que de négliger l´expérience que le maître a pu acquérir du futur apprenti. L´arrêté grand-ducal du 30 juin 1945 prévoit l´utilisation de cette expérience scolaire et l´établissement de rapports entre l´orientation professionnelle et l´école. Préorientation scolaire et orientation professionnelle sont complémentaires. L´arrêté ministériel du 2 février 1949 portant création d´un office de préorientation professionnelle au Ministère de l´Education Nationale règle ces rapports. L´article 2 de cet arrêté dispose qu´il sera établi pour chaque écolier quittant l´école primaire un rapport qui renseignera sur le caractère, les aptitudes et le comportement général de l´écolier.

Ce rapport, sous forme de questionnaire du modèle ci-annexé, sera rédigé par le maître au moment où l´élève aura suffi à sa scolarité obligatoire, c´est-à-dire normalement à la fin de la huitième année d´études; pour les élèves qui ont doublé une ou plusieurs années d´études, il devra être établi au moment où l´élève quitte définitivement l´école.

Les rapports devront, dans la première quinzaine après la clôture des classes, être envoyés au Ministère de l´Education Nationale, Service de préorientation scolaire.

Pour que le rapport donne une image aussi exacte que possible du caractère de l´élève, les maîtres devront apporter à sa rédaction tout le soin possible. Ils auront donc à coeur de compléter et de vérifier leurs propres expériences à la lumière des constatations faites par d´autres compétences: les parents surtout, le clergé paroissial, le médecin scolaire.

Le rapport aura un caractère confidentiel; les renseignements sont à entourer d´une grande discrétion; seul les parents auront le droit d´en prendre connaissance.

La fiche scolaire n´est qu´un premier essai dans l´organisation de la collaboration effective de nos écoles avec les organes de l´orientation professionnelle. Le sort de cette première expérience décidera du sort de cette collaboration; même imparfaite et incertaine, elle pourra dès le début rendre service à nos enfants, à nos parents et à notre vie économique.

Luxembourg, le 2 février 1949.

Le Ministre de l´Education Nationale,

Pierre Frieden.


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