Circulaire du 14 novembre 1944 aux membres du personnel enseignant, concernant le plan d'études des écoles primaires et primaires supérieures.

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Circulaire du 14 novembre 1944 aux membres du personnel enseignant, concernant le plan d'études des écoles primaires et primaires supérieures.

L'éviction systématique de la langue française fut un des moyens employés par l'envahisseur pour avoir raison de notre particularité nationale. En cherchant à effacer les traces que les mesures annexionnistes ont imprimées dans notre enseignement primaire, notre premier devoir devra être de restituer à la langue française sa place dans nos écoles comme dans notre vie publique.

A partir de l'année scolaire de 1945/46, le début du cours de français dans nos écoles primaires est fixé de nouveau au deuxième semestre de la deuxièmeannée d'études. Les prescriptions de l'arrêté ministériel du 12 juillet 1929, touchant le programme du cours de français, sont remises en vigueur. Toutefois, les simplifications de détail, introduites par la réforme de 1938 et consacrées par leur adoption dans les manuels scolaires, resteront acquises.

Les premiers contacts que les enfants de chez nous prennent avec la langue française, sont facilités par le grand nombre de mots français qui se sont infiltrés dans notre langue maternelle et que l'enfant retrouve avec plaisir en faisant ses premiers pas dans la connaissance de la langue étrangère. L'avancement du point de départ du cours de français dans nos écoles primaires ne fera donc guère de difficultés. Par contre, il sera difficile de faire rattraper le temps perdu aux enfants qui ont été empêchés d'apprendre le français pendant plus de quatre ans. Tel est pourtant le but que, dans l'intérêt de nos enfants, nous devons nous proposer d'atteindre. Les trois premières années scolaires se trouveront placées dans les conditions habituelles. Le programme de ces classes ne sortira donc pas de la ligne normale. A partir de la quatrième année scolaire, il s'agira de compenser le retard de plus en plus accentué que les classes supérieures de nos écoles primaires ont subi sur le programme du cours de français. Pour arriver à ce résultat, la tâche annuelle devra être répartie, pour autant que possible, de la façon suivante:

A. Année scolaire 1944/45.

Les élèves de la quatrième année traiteront les matières à la fois de la troisième et de la quatrième année.
De même, les élèves de la cinquième année traiteront les matières de la troisième et de la quatrième année. Ils ajouteront, les leçons 1 à 74 de la cinquième année.
Les élèves de la sixième et de la septième année étudieront les matières de la troisième et de la quatrième année ainsi que celles de la première moitié de la cinquième année.
Enfin, les élèves de la huitième et ceux de la neuvième année (Ecoles primaires supérieures), lesquels avaient déjà commencé à apprendre le français avant le régime allemand, traiteront lesmatières de la troisième, de la quatrième et de la cinquième année.

Dans les écoles à classe unique où à deux classes le programme transitoire du cours de français de la 8e année pourra être le même que celui de la 6e et de la 7e année de sorte que les élèves de ces trois années pourront être réunis.

Inversement, dans les écoles où la 7e et la 8e année sont réunies dans une même classe, le programme de la 7e année d'études devra être le même que celui de la 8e année et comprendra donc l'étude complète des matières de la 5e année.

B. Année scolaire 1945/1946.

Dès le début de l'année scolaire 1945-1946, les cinq premières années scolaires n'auront plus à suivre que le programme habituel. Cependant, elles devront répéter à fond le programme des années précédentes.
Les élèves de la 6e année finiront l'étude des matières de la 5e année (à partir de la leçon 74) et ajouteront celles de la 6e année.
De même, les élèves de la 7e année étudieront la moitié restante des matières de la 5e année, ainsi que celles de la 6e année.
Les élèves de la 8e et de la 9e année (Ecoles primaires supérieures auront à traiter les matières de la 6e et de la moitié de celles de la 7e année, respectivement, suivant l'alternative indiquée sub A, N° 5, la dernière moitié des matières de la 5e année ainsi que les matières de la 6e année.

C. Année scolaire 1946-1947.

L'enseignement normal du cours de français sera rétabli pour l'année 1946-1947, à la seule exception de la 8e et de la 9e année d'études ( Ecoles primaires supérieures; dont les élèves auront à traiter les matières de la 7e et de la 8e année.

Les élèves des autres promotions devront se livrer à des répétitions approfondies sur les matières qu'ils ont apprises précédemment d'une façon peut-être trop hâtive.

Le tableau suivant donnera un aperçu d'ensemble sur le programme de récupération proposé;

Année scolaire

IV

V

VI

VII

VIII et IX

1944—1945

3e+4e année d'études

3e+4e+5e leç. 1—74

3e+4e+½5e

3e+4e+5e resp. 3+4+5

3e+4e+5e

1945—1946

progr. normal

progr. normal

reste 5e+6e

½5e+6e

½5e+6e resp. 6e+½7e

1946 -1947

progr. normal

progr. normal

progr. normal

progr. normal

7e+8e

Les circonstances dans lesquelles nous sommes placés aujourd'hui, ne permettent guère de prévoir à quel moment les classes pourront reprendre leur travail régulier ni même si, dans certaines localités, ils y arriveront avant longtemps. Je fais confiance à l'initiative personnelle et à la conscience professionnelle des membres du personnel enseignant pour organiser le travail de leurs classes au mieux des intérêts des enfants et en tirant tout le parti qu'ils pourront des moyens dont ils disposent. Les directives que je viens d'énoncer ont pour but de marquer les points de repère et de guider les efforts. Ils sont nécessaires pour assurer l'uniformité et la continuité des mesures dans toutes les écoles du pays. Des dérogations pourront évidemment nous être imposées par les circonstances. Dans d'autres cas, elles pourront être admises, avec l'accord des autorités scolaires, pour tenir compte de situations exceptionnelles. Dans les villes p. ex. où les enfants ont souvent reçu des leçons de français au sein de leur famille pendant les années d'occupation, les maîtres et maîtresses pourront peut-être aller un peu plus vite dans leur besogne. Mais ils devront constamment s'assurer que tous leurs élèves sont capables de suivre. Les connaissances trop rapidemment et trop superficiellement acquises n'ont aucune valeur réelle. Poser solidement les éléments, tel est le but dont l'enseignement primaire ne doit jamais s'écarter, Si la formation des enfants pêche par la base, elle sera irrémédiablement compromise. Il faut éviter aussi de fatiguer les enfants par un effort trop soutenu et de leur faire prendre en aversion des études qu'il s'agit précisément de leur faire aimer. Il est certain que la tâche imposée à nos écoles, pendant cette période de transition, est lourde. Pourtant, elle n'est pas impossible à remplir. Des méthodes de travail rationnelles y aideront beaucoup. J'ai déjà indiqué comment des élèves appartenant à plusieurs promotions différentes pourront être réunis pour l'enseignement du français. Grâce à cette fusion des classes, le temps disponible pour les leçons de français sera doublé ou triplé sans qu'il soit nécessaire de prendre sur d'autres branches. Les matières donneront lieu également à certaines compressions.

Il n'en restera pas moins que l'enseignement du français demandera, pendant des années, une dépense supplémentaire de temps et de travail. Toutes les autres branches, à l'exception du calcul, devront probablement être mises à contribution au profit du cours de français. C'est surtout le temps consacré à la langue allemande qui pourra être sensiblement écourté, d'autant plus que les leçons de sciences et d'histoire continueront à apporter leur renfort à cette langue. Les notions de grammaire allemande devront être acquises par l'usage sans faire l'objet d'un enseignement spécial hormis pour les choses essentielles. J'estime que l'enseignement systématique de la grammaire allemande ne devrait pas aller plus loin que la déclinaison. Le programme établi pour l'enseignement de la grammaire allemande par le plan d'études du 6 septembre 1922 ne restera donc valable que dans les limites que je viens de tracer. En revanche, je demanderai au personnel enseignant de surveiller attentivement l'orthographe et de ne pas permettre de relâchements à ce sujet. Il va sans dire que, dorénavant, seule l'écriture latine sera encore enseignée dans nos écoles.

La position de la langue luxembourgeoise et de notre histoire nationale sera renforcée à l'avenir. Les enfants devront être familiarisés par des narrations simples et pittoresques avec les grands faits et les grandes figures de notre histoire. On n'oubliera pas de leur parler des victimes et des héros de notre résistance. On leur fera comprendre la grandeur du sacrifice que ces hommes ont consenti à leurs pays. Leur exemple est le mieux fait pour cultiver dans le coeur de nos enfants ce sentiment essentiel et nécessaire: amour passionné de la patrie qui, plus que jamais, devra dominer et inspirer tout notre enseignement.

Luxembourg, le 14 novembre 1944.

Le Ministre de l'Instruction Publique a.i.,

Jos. Bech.


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